Archivo | diciembre, 2015

Humanisme_Je suis en Guerre…

17 Dic

Mein camp

Le-club-des-humanistes

Krishnamurti parlait en disant  « nous », puisque nous sommes tous liés. L’ego aime bien oublier que TOUT ce qu’il est a été construit à partir des autres. Alors tous les JE  ont été pondus par des je qui ne sont en fait qu’un NOUS en train de se défigurer à coups d’armes et de larmes. Et Jacquard aussi…  

(gp,  guerrier raplapla.) 

***

Je suis en guerre et je djihade athée. Petit guerrier de la froidure des déshumains ancrés dans leur folie vandale, je suis en guerre contre le carnage du NOUS  en ces temps des JE que l’on construit en pièces détachées pour régner.

Je suis en guerre contre les conglomérats mondialistes qui délocalisent au gré des profits. Pour leurs biens et  ceux des actionnaires,  ces escroqués  croyant pouvoir aspirer à cette   bourgeoisie qui ne sert que d’investisseurs intermédiaires.

Je suis en guerre contre l’État et ses politiques judaïstes , ses austérités glacières  pendant que ça chauffe dans l’éther des échanges commerciaux et que l’État, ce minus fourgon blindé, chantant comme un coq l’existence du P.I.B, a perdu sa guerre contre une mafia internationale qui s’est invisibilisée avec dans des ailleurs qui ne sont jamais ici: on se déplace de pères en fisc… Que l’humain aille se faire suer ailleurs dans sa voiture, cette nouvelle négrière lustrée  des temps « modernes ». » Ma voiture est plus grosse que la tienne »,

Je suis en guerre contre le système financier dématérialisé. Mois qui croyait pouvoir vendre  30 poules pour un cochonnet,  on me donne une monnaie de singe enfermée dans une institution bancaire faussaire. J’ai nourri le lapin et il a bouffé le chapeau que j’avais sur la tête. Le sale-Haut!

Je suis en guerre contre YES WE CAN et autres les slogans clichés dont nous sommes arrosés chaque jour, les formules « vertes » et la méthode de lutte contre les GES, et les petits soldats pompeux esclaves eux-mêmes de leurs prétentions de pouvoir.

Je suis en guerre contre mon employeur qui braque son bâton d’austérité et qui m’offre 3% d’augmentation de salaire pour cinq ans, dépossédés que nous sommes par les spéculateurs et délocalisaterreur  dans un système où on ne voit pas le tunnel au bout de leur prétendue lumière.

Je suis en guerre contre  la faim parce qu’on avait promis de l’éradiquer. Car, même nous, les « privilégiés,  » parvenons à peine à éradiquer la nôtre. Et les migrants qui bientôt arriveront  penseront qu’ils se retrouveront dans le feuilleton sur écran plat du rêve américain.

Je suis en guerre contre les armes, car elles ne pourront jamais être transformées en chaudrons, en cuillères, et même si elles l’étaient il n’y aurait rien à mettre dedans pour bouffer. Il est maintenant plus payant de tuer que de faire vivre.

Je suis en guerre contre les voitures qui réclament de l’asphalte  pour brouter des kilomètres d’herbe d’arbres,  et qui passent leur temps à se parader sans pancartes.Ils avalent des jardins et des terres arables à la vitesse de la lumière de leurs phares. Et 100 fois par jour, les 4X4 se promènent dans les espaces montagneux alors qu’en vérité ils se retrouvent dans des bouchons de circulations telles des blattes métalliques. On avait des punaises de lit… On a maintenant des blattes intelligentes qui conduisent à votre place.

Je suis en guerre contre les pratiquants non pratiques: Ils prient des dieux, déforment des textes dits « sacrés », mais ils bousillent tout, au nom de toutes les statues le monde dans lequel nous vivons. Il est étrange qu’un dieu demande à l’homme de détruire ce qu’il a créé, en premier son semblable. 

Je suis en guerre contre Monsanto et ses semblables  dévastateurs .  En guerre contre les assassins d’abeilles. En guerre contre les abatteurs de fleurs, les gratte-ciel remplis de cravatés moulus à la pâte artificielle des bureaucrates crasseux de l’esprit, mais proprets d’habits.  L’habitation fait le moine…

Je suis en guerre contre tout ce qui s’achète. Car tout ce qui s’achète finira dans les états financiers, les banques, mais jamais entre les mains des droits fondamentaux de l’humain: l’eau, la nourriture, l’habitat, les paysages, les couchers de soleil, et le spectacle des baleines dans le Saint-Laurent.

Je suis en guerre contre toutes les formes de fascisme qui fondent et dissoudent  le merveilleux des enfant pour le cimenter en des croyances et foi indécemment matérialiste, pour en faire des  (h)ignorants de l’histoire et de la construction d’un monde meilleur pour en faire des combattants de ce monde du pire auquel ils se sont habitués. Le cerveau est une pâte à modeler et certains sont en train de se faire statufier par leur propre sécheresse.

Et chaque matin, d’où que l’on soit, de n’importe laquelle « croyance », le final et le roulement de tambour est en train de terminer des milliards d’années dites d’évolution. Et chaque matin, chaque jour, chaque semaine, chaque mois, nous diluons notre profondeur d’âme pour glisser dans des sables mouvants malheureusement fabriqués Made au dans aucun pays et par des No One.

À  force d’être en guerre contre tout ce dont nous avons à lutter, nous allons simplement nous détruire les uns les autres. Et il n’y aura plus d’autre pour faire de chacun un UN.  Et il n’y aura plus d’eau pour « allaiter » ces corps d’eau. On sera à sec et à sable. Déserts de tous les désertés des autres.

Je suis en guerre contre ce suicide planétaire continu à « développement  exponentiel  poison » par des cravatés coiffés à droite ou à gauche fidèles à un dogme  d’assassins génocideurs et décideurs. En guerre contre le faux chômage,  des travailleurs CDD, CDI, etc., l’homme outil des conglomérats mondialistes et leurs valets: les banques et les pays et les  dirigeants fossiles.

C’est la raison pour laquelle je me lève à 7 heures, par les  matins d’hiver frisquets ou crûment   froids , noirs à broyer du sombre pour explorer  ce qui reste vraiment de la Terre. Et je m’enferme dans mon camp au Canada, pour ne plus réfléchir,  en soupirant: « Dire qu’on aurait pu faire tellement avec ce tout petit jardin rond d’une grandeur et d’une beauté inépuisable qui a poussé dans l’Univers ».

GP.

Merci à : LAVIDURE

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Fin de l´hégémonie progressiste et tournant régressif en Amérique latine

15 Dic

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Depuis quelques mois un débat s’est fortement installé parmi les intellectuel-le-s et militant-e-s de gauche en Amérique Latine en ce qui concerne le moment socio-politique que vit la région et, plus particulièrement, sur une possible « fin de cycle », impasse, ou reflux des différents gouvernements “progressistes” ou nationaux-populaires qui ont marqué le sous-continent depuis plus de 10 ans. Cette inflexion semblerait se confirmer avec les récentes élections présidentielles en Argentine et le retour fracassant de la droite néolibérale. Le sociologue marxiste Massimo Modonesi nous propose ici une lecture originale et polémique de la conjoncture avec une contribution gramscienne au débat sur la fin de cycle

L´expérience des gouvernements progressistes d´Amérique latine (Argentine, Bolivie, Brésil, Equateur, El Salvador, Nicaragua, Uruguay et Venezuela)1 semble traverser une phase critique qui pour certains auteurs annonce une fin de cycle. Ce débat sur le caractère de la conjoncture recèle d´importantes implications stratégiques quant à l´avenir immédiat2.

Je soutiendrai sous une forme synthétique l´idée suivante. Loin d´avoir pris fin ou de s´en approcher, ce cycle –à savoir la période où les forces progressistes exercent le gouvernement- n´est pas prêt de s´achever, tout au moins à court terme. Mais, dans le même temps, il est nécessaire d´identifier et d’analyser la fin de l´étape hégémonique de ce cycle ainsi que ses conséquences à moyen terme.

Nous partirons de la caractérisation du cycle progressiste latino-américain comme un ensemble de différentes versions de révolutions passives. C’est-à-dire, en suivant une intuition de Gramsci, une série de projets concrétisés en processus de transformations structurelles significatives qui, bien que limités et ayant lieu sur un arrière fond conservateur, sont impulsés par le haut moyennant des pratiques politiques démobilisatrices et « subalternisantes ». Ces pratiques s´expriment dans une large mesure dans des dispositifs de césarisme et de transformisme, qui sont des modalités de neutralisation par le haut et par le bas des canaux d´organisation, de participation et de leadership populaires3. La révolution passive étant une formule qui cherche et trouve une sortie hégémonique à une situation « où les forces qui s´opposent s´équilibrent d´une manière catastrophique » –une formule pertinente pour caractériser l´Amérique latine de la décennie de 2000-, nous pouvons analyser le moment actuel afin de traiter la problématique de la fin de cycle en mettant en relief un trait central et structurant de la conjoncture : la perte relative d´hégémonie des progressismes, c´est-à-dire l’incapacité grandissante à construire et à conserver dans la durée l´ample consensus interclassiste aux fortes racines populaires qui a caractérisé l´étape de consolidation de ces gouvernements.

On assisterait donc à la fin de cette phase de consolidation hégémonique qui, derrière ses manifestations électorales plébiscitaires, s´était matérialisée par l´exercice efficace d´une série de médiations de la part de l’Etat et des partis politiques, qui permirent l´éviction des droites de certaines positions stratégiques au sein des institutions et des appareils idéologiques d´Etat, ainsi que l´installation d´une série d´idées-force, de consignes et de valeurs politiques aux accents nationaux et populaires comme la souveraineté, le nationalisme, le développement, la justice sociale, la redistribution ou encore la dignité plébéienne. Dans certains pays, ce tournant a été parsemé d´affrontements directs avec des tentatives restauratrices de caractère putschiste ou extra institutionnel –comme ce fut le cas en Bolivie, en Equateur, au Venezuela, mais aussi en Argentine lors du lockout agricole de 2008. En affaiblissant fortement les droites de ces pays, ces épisodes ont ouvert le chemin à une pratique hégémonique beaucoup plus profonde et probante de la part des forces progressistes4. Parmi ces éléments qui ont contribué à ce qu´il est convenu d´appeler un « changement d´époque », la reformulation des cadres constitutionnels n’a pas été le moindre5.

Aujourd’hui, cette étape semble définitivement close. Depuis 2013, on perçoit une inflexion qui, telle une lame de fond, délaisse ce profil progressif pour en adopter un autre, tendanciellement régressif. Cette inflexion s´affirme par le biais de multiples variations formelles et temporelles en fonction du pays6. Ce tournant est particulièrement perceptible aussi bien dans les réponses budgétaires à la crise économique –privilégiant le capital face au travail et à l´environnement- que dans le durcissement de l´attitude gouvernementale envers les organisations et mouvements sociaux situés à leur gauche; durcissement verbal mais aussi matériel comme dans le cas des mesures répressives adoptées pour faire face aux récentes mobilisations en Equateur.

Gramsci distingue un césarisme progressif d´un césarisme régressif. J´ajouterai que cette antinomie peut s´appliquer aussi bien à l´analyse des formes et étapes d´une révolution passive en ceci qu´elle permet d´identifier les multiples combinaisons de traits progressifs et régressifs ainsi que la prédominance de l´un d´eux dans les séquences successives du processus historique7.

A cet égard, diverses tendances coexistent à l´intérieur des blocs et alliances sociopolitiques qui ont impulsé les gouvernements progressistes latino-américains. Le trait progressiste qui a dominé pendant l´étape initiale s´éclipse à la faveur d´un tournant tendanciellement conservateur et révèle une orientation régressive si on la compare avec l´étape hégémonique de l’exercice du pouvoir des gouvernements progressistes. Ce tournant a lieu, de manière organique, au sein des blocs et alliances qui soutiennent ces gouvernements et s´expriment dans les variations des politiques publiques. Du point de vue de l´optique de la défense du pouvoir, il se justifie par la nécessité de compenser la perte de l´hégémonie transversale par un déplacement vers le centre de l´échiquier politique.

Ce recentrage, soit dit en passant, semble contraster avec la logique des polarisations de type gauche-droite ou encore peuple-oligarchie qui caractérise le surgissement même de ces gouvernements portés par l´irruption de puissants mouvements anti-néolibéraux ainsi que par l´affrontement postérieur avec les tentatives restauratrices des droites, et dont les échecs ont ouvert les portes à la consolidation hégémonique. En même temps, si on suit l´hypothèse d´un retour des dispositifs populistes, de Maristella Svampa, un mouvement réel, organique et politique vers le centre n´exclut pas l´utilisation de la rhétorique de la confrontation typique du format populiste s’atténuera, et que la forme deviendra plus adéquate au contenu8.

Dans tous les cas, nous assistons à un tournant historique et structurel dans la composition politique de ces gouvernements et, par conséquent, à un virage dans l´histoire du temps présent latino-américain.

Le glissement vers un profil régressif est davantage perceptible dans certains pays (Argentine, Brésil, Equateur) que dans d´autres (Venezuela, Bolivie et Uruguay). Dans ces derniers, les blocs sociaux et politiques du pouvoir progressiste conservent mieux leur caractère compact, il y a peu de clivages à gauche et les droites sont relativement plus faibles (sauf dans l´incertaine scène politique vénézuélienne où cette appréciation est discutable). Pour autant que le phénomène de fond accuse des déplacements moléculaires au niveau des alliances sociales et politiques ainsi que des contreparties en termes de réorientation des politiques publiques, nous nous limiterons –pour des raisons d´espace et en raison de la difficulté objective à rendre compte de l´ensemble de ces tournants à l´échelle latino-américaine– aux expressions les plus visibles dans la sphère du politique et dans le changement de leadership.

En Argentine, le tournant conservateur est assez évident avec la candidature de Daniel Scioli pour le Front pour la Victoire (FpV). A la différence du candidat à la vice-présidence, Zannini, Scioli ne provient pas du sérail kirchneriste, une situation qui reflète un aggiornamento vers le centre droit de ce « système politique en miniature » qu´est le kirchnérisme (selon l´expression de Juan Carlos Torre) ainsi que de son lent affaiblissement au cours de ces dernières années (cet article a été écrit avant l’élection présidentielle du candidat de la droite néolibérale, Macri – NdE)9.

Au Brésil, de nombreux auteurs ont soulignés depuis quelques temps une mutation génétique qui a lieu -en marge des scandales de corruption- à l´intérieur du Parti des Travailleurs (PT). Le sociologue Francisco “Chico” de Oliveira l´la caractérisent comme le surgissement d´un ornithorynque, une figure hybride, mi-syndicaliste et mi- spéculateur financier, installée dans la gestion d´immenses fonds de pension naviguant dans les marchés financiers10. De ce point de vue, le retour possible de Lula ne modifierait pas substantiellement l´orientation politique assumée par Dilma Rousseff, ´tout comme elle demeura inchangée lorsque cette dernière remplaça le leader historique du PT à la présidence. Dans tous les cas, le recentrage politique se poursuit avec la diminution des dépenses sociales comparée à l´appui direct et indirect au processus d´accumulation. Cette même tendance se fait jour en Equateur depuis la marginalisation des secteurs de gauche à l´intérieur de Alianza País (AP) et du choix de Jorge Glas, un vice-président clairement identifié avec le secteur privé pour faire équipe avec Correa aux élections de 201311. En Uruguay, la passation de pouvoir entre Pepe Mujica et Tabaré Vázquez accuse un tournant idéologique régressif qui reflète un déplacement vers la droite des équilibres internes et externes du Frente Amplio (FA); et ceci, même en tenant compte de la continuité propre d´une force politique stable et d´un projet politique défini. Ce tournant, encore très récent, commence à peine à s´exprimer dans des actions et des situations concrètes qui semblent mettre en évidence une perte d´hégémonie ainsi qu´un réveil des oppositions sociales et politiques12.

Dans son analyse des cas andins -bolivien et équatorien- Maristella Svampa signale une rupture des promesses qui sanctionne “la perte de la dimension émancipatrice de la politique et l´évolution vers des modèles de domination de type traditionnel, fondés sur le culte du leader et son identification avec l´Etat. »13.

En Bolivie, ce glissement vers le centre est moins perceptible en ce qui concerne la composition politique du bloc au pouvoir ; et ce même en tenant compte de l’émergence d´une “bourgeoisie aymara”, ainsi que de la bureaucratisation et de l’institutionnalisation d´amples franges dirigeantes des mouvements sociaux qui impulsèrent les luttes anti-néolibérales. En même temps, la perspective d´une réélection d´Evo Morales ainsi que l´organisation d´un possible referendum révocatoire ouvrent la voie à une conjoncture délicate, en dépit de l´absence d´alternatives électorales solides à droite. Car, si l’on fait exception de certains résultats locaux, la droite ne s´est pas encore relevée et l´influence du Mouvement Sans Peur (Movimiento Sin Miedo) ne dépasse pas son bastion de la capitale (ce mouvement obtient moins de 3% lors des élections nationales de 2014)14.

Ces tendances régressives sont moins sensibles au Venezuela, le seul pays où s´imposent une participation généralisée des classes subalternes, avec la mise en place des Communes à partir de 2009 et en dépit du fait que cette initiative décentralisatrice fut compensée par la création -quasi simultanée- du Parti Socialiste Unifié du Venezuela qui joue le rôle d’organe de centralisation et de bras politique du chavisme. Par ailleurs, l´exacerbation de la polarisation par les droites tend à renforcer l´appui compact du camp populaire groupé derrière les dirigeants de la révolution bolivarienne, malgré la fragilité croissante de l´économie dont les tensions pourraient renforcer la tendance plus conservatrice15.

Ces différences nationales reflètent la plus ou moins grande influence de la réactivation d´une opposition sociale et politique de gauche. En effet, outre un renforcement relatif de la droite, il faut tenir compte du fait qu´a lieu dans ces pays une recrudescence de la protestation d´acteurs, d´organisations et de mouvements populaires antagonistes et autonomes qui vont à contre-courant de la subalternisation intrinsèque aux révolutions passives. Toutefois, et malheureusement, une inflexion à gauche de la politique latino-américaine ne semble pas être dans l’horizon politique, faute de persistance dans le temps, de consistance organisationnelle et d´articulation politique. De ce point de vue, en dépit d´une lente récupération de l´autonomie et des capacités de luttes, on n´observe aucun processus d´accumulation de forces politiques significatives au long de ces dernières années de perte d´hégémonie du progressisme, à l´exception, peut-être, du Front de Gauche et des Travailleurs (Frente de Izquierda y de los Trabajadores ou FIT) en Argentine, une force dont les perspectives et potentiel d´expansion ne sont pas non plus acquis16. En Equateur, les protestations de ces derniers mois ont traversé plusieurs secteurs sociaux et ont mis en jeu plusieurs revendications. Toutefois, en dépit de l´accumulation de malaises dans les secteurs populaires -et en particulier chez les indigènes et les travailleurs organisés- on ne perçoit pas l´émergence d´un pôle politique alternatif.17.

Cette difficulté est l´effet partiel du reflux -pendant de la vague des luttes anti-néolibérales- des secteurs populaires vers des pratiques clientélistes et/ou corporatistes enracinées dans une culture politique subalterne. Elle résulte aussi, d´autre part, des initiatives (ou du manque d´initiatives) des gouvernements progressistes : ils préfèrent construire des appuis électoraux et sauvegarder des conditions de gouvernabilité plutôt que d’impulser, ou tout simplement de respecter, les dynamiques antagonistes et autonomes d’organisation, et la construction de canaux et de formes de participation visant une transformation profonde des conditions de vie des classes subalternes, et non pas uniquement une augmentation de leur capacité de consommation.

Cet affaiblissement ou, si l’on préfère, l´absence de volonté de renforcement, fait penser que l´intention « passivisatrice » qui est la contrepartie des transformations structurelles et des politiques redistributives (sans parler de la polémique autour de la continuité des modèles primo-exportateurs et extractivistes) a signifié une décennie perdue ´ pour l’accumulation de force politique par en bas, de capacité de construction autonome des secteurs populaires, et ceci à l’inverse de l´ascension qui a marqué les années 1990 et qui a eu raison de l´hégémonie néolibérale, ouvrant ainsi la porte à la situation historique actuelle. Ce solde négatif ne permet pas, pour l´instant, aux mouvements populaires de faire face à une double dérive vers la droite : d’une part, en raison du renforcement relatif des droites politiques et, d’autre part, en raison du tournant conservateur et régressif qui modifie les équilibres ainsi que l´orientation politique blocs au pouvoir soutenant les gouvernements progressistes latino-américains.

Néanmoins, la fin de l´hégémonie progressiste ne semble pas impliquer un risque immédiat de restauration des droites latino-américaines, comme on le soutient parfois sous le mode du chantage envers la gauche. En effet, les droites se remettent à peine de la lourde défaite politique des années 2000. Et elles sont également en train d´accepter et d´intégrer –signe de l´impact de l´hégémonie progressiste- des idées et principes qui ne correspondent pas au répertoire néolibéral18. Ce déplacement des piliers du sens commun met en relief le changement relatif d´époque dans l´agenda et le débat politique et culturel au sein de la période de moyenne durée qui va des luttes antinéolibérales des années 1990 jusqu’aux gouvernements actuels auto proclamés « post-néolibéraux ».

Pour conclure, les révolutions passives latino-américaines poursuivent leurs cours malgré la mauvaise passe  qu’elles ont dû traverser lors des derniers mois. Encerclées par une opposition qui se renforce à droite comme à gauche, connaissant un virage conservateur et régressif, elles glissent dangereusement le long d’une pente qui –en anéantissant leur superbe hégémonique- annonce un possible début de fin de cycle, d’une durée variable et encore indéterminée.

(Traduction de l´espagnol par Matari Pierre).

 

  • 1. Nous ne traiterons pas des cas du Honduras et du Paraguay, deux pays qui firent partis du cycle pour une brève période sous les gouvernements de Zelaya et de Lugo avant les golpes blancos. Ni du Pérou où le gouvernement de Ollanta Humala n’a pas connu un moment progressiste suffisamment clair et durable. Il en est de même du Chili en raison du profil néolibéral des gouvernements de la Concertación avant l´avènement de la toute récente « Nouvelle Majorité » de Bachelet.
  • 2. Pour une synthèse équilibrée voir Franck Gaudichaud, “¿Fin de ciclo en América del Sur? Los movimientos populares, la crisis de los “progresismos” gubernamentales y las alternativas ecosocialistas” in América Latina. Emancipaciones en construcción, Tiempo Robado Editoras/América en movimiento, Santiago, 2015. Il est bon de signaler que la notion de “fin de cycle” vient exacerber un débat déjà polarisé. Certains intellectuels organiques du progressisme latino-américain ont réagi en (défendant sans réserve les) réalisations des gouvernements et en dénonçant l´hypothèse de fin de cycle; cette dernière serait l´œuvre d´une extrême gauche marginale. Par exemple, Emir Sader, “¿El final de un ciclo (que no existió)?”, Pagina 12, Buenos Aires, 17 de septiembre de 2015 17 septembre 2015. Cette position qui simplifie et polarise les critiques de l´extrême-gauche est également soutenue par le vice-président de la Bolivie Álvaro García Linera. Ce dernier combine ce débat avec celui autour de l´environnement et de l’extractivisme qui commença en 2010 au point d´accuser les ONGs critiques de “trotskistes verts” en collusion avec les intérêts étrangers : http://www.la-razon.com/nacional/Vicepresidente-Garcia-advierte-ONG-entrometen-pais_0_2324167612.html.
  • 3. Voir Massimo Modonesi, “Revoluciones pasivas en América Latina. Una aproximación gramsciana a la caracterización de los gobiernos progresistas de inicio de siglo” in Mabel Thwaites Rey (editora), El Estado en América Latina: continuidades y rupturas, CLACSO-ARCIS, Santiago de Chile, 2012.
  • 4. Le vice-président de la Bolivie, Alvaro García Linera, parle de “point de bifurcation” pour rendre compte de ce tournant stratégique des rapports de forces, qui ouvre la possibilité de l´exercice hégémonique. Voir Álvaro García Linera, “Empate catastrófico y punto de bifurcación” in Crítica y emancipación núm. 1, CLACSO, Buenos Aires, juin 2008.
  • 5. La notion de changement d´époque (cambio de época) provient d´une expression du président équatorien Rafael Correa qui, en 2007, affirma que ce qui était en cours ne constituait pas une “époque de changements mais un changement d´époque”. Cette idée fut reprise pour le titre du Congrès de l´ALAS de Guadalajara, cette même année, où j’ai présentéun texte qui développe la thématique (Massimo Modonesi, “Crisis hegemónica y movimientos antagonistas en América Latina. Una lectura gramsciana del cambio de época” en A contracorriente, Vol. 5, No. 2, University of Oregon, 2008). Simultanément, Maristella Svampa –avec qui nous avions entamé un dialogue lors de ce congrès- a publié un livre dont le titre a contribué à diffuser cette notion dans le débat académique, Maristella Svampa, Cambio de época. Movimientos sociales y poder político, CLACSO-Siglo XXI, Buenos Aires, 2008.
  • 6. Comme je le l’ai signalé dans : M. Modonesi, “Conflictividad socio-política e inicio del fin de la hegemonía progresista en América Latina” in Jaime Pastor y Nicolás Rojas Pedemonte (coordinadores), Anuario del conflicto social 2013, Universidad Autónoma de Barcelona, Barcelona, 2014.
  • 7. Voir M. Modonesi, “Pasividad y subalternidad. Sobre el concepto de revolución pasiva de Antonio Gramsci” in Gramsciana. RivistaInternazionale di Studi su Antonio Gramscinúm 1, Turín, 2015.
  • 8. Maristella Svampa, “América Latina: de nuevas izquierdas a populismos de alta intensidad” in Memoria núm. 256, México, novembre 2015.
  • 9. Mabel Thwaites, “Argentina fin de ciclo” in Memoria núm. 254, México, mai 2015.
  • 10. Massimo Modonesi, Entretien avec Francisco De Oliveira, “Brasil: una hegemonía al revés” inOSAL núm. 30, CLACSO, Buenos Aires, novembre 2011.
  • 11. Francisco Muñoz Jaramillo (editor), Balance crítico del correísmo, Universidad Central del Ecuador, Quito, 2014.
  • 12. Raúl Zibechi, “Diez días que sacudieron a Uruguay” in La Jornada, México, 18 septembre 2015.
  • 13. Maristella Svampa, “Termina la era de las promesas andinas” in Revista Ñ, Clarín, Buenos Aires, 25 août 2015.
  • 14. Pablo Stefanoni, “¿Perdió Evo Morales?” in Revista Panamá, 9 avril 2015, http://panamarevista.com/2015/04/09/perdio-evo-morales/.
  • 15. Edgardo Lander, “Venezuela: ¿crisis terminal del modelo petrolero rentista?” in Aporrea.org, 30 octobre 2014, http://www.aporrea.org/actualidad/a197498.html.
  • 16. Pablo Stefanoni, “El voto trotsko explicado a un finlandés” in Revista Panamá, 24 juillet 2015, http://panamarevista.com/2015/07/24/el-voto-trosko-explicado-a-un-finlandes/.
  • 17. M. Modonesi, “Entrevista a Alberto Acosta Entretien avec Alberto Acosta, ¿Fin de ciclo de los gobiernos progresistas en América Latina? Límites y crisis del correísmo en Ecuador” in Memoria núm. 256, México, noviembre de 2015 novembre 2015; Jeffery Webber, “Ecuador: en el impasse político” dans la revue Viento Sur, 20 septembre 2015, http://vientosur.info/spip.php?article10496 (en cours de traduction en français pour ContreTemps web).
  • 18. Voir le dossier de la revue Nueva Sociedad núm. 254 sur “les visages de la droite en Amérique latine (“Los rostros de la derecha en América Latina”), novembre-décembre 2014, en particulier les articles de Fernando Molina sur la Bolivie, ainsi que celui cosigné par Franklin Ramírez et Valeria Coronel sur l´Équateur.

Fin de cycle en Amérique du Sud ? Mouvements populaires, gouvernements « progressistes » et alternatives écosocialistes

15 Dic

Alors que les droites latino-américaines semble relever la tête (en particulier suite à l’élection de Mauricio Macri en Argentine et à la cuisante défaite électorale du chavisme au Venezuela), le débat autour d’une possible « fin de cycle » ou d’un reflux des gouvernements « progressistes » se poursuit, nous publions ici une contribution de Franck Gaudichaud afin de continuer à alimenter une réflexion critique initiée avec le récent article de Massimo Modonesi et qui sera prolongée par d’autres articles dans les prochains mois.1

amlat

Voici plus de 40 ans qu’un coup d’État militaire écrasait l’expérience de la « voie chilienne au socialisme » ; 30 ans qu’était fondé au Brésil le plus puissant mouvement social du continent, le MST (Mouvement des travailleurs ruraux sans terre) ; 20 ans que retentissait au Chiapas le cri zapatiste Ya Basta ! contre le néolibéralisme et le Traité de libre commerce de l’Amérique du Nord (TLCAN – ALENA en français) ; plus de 15 ans que Hugo Chávez  était élu à la présidence du Venezuela et plus de 2 ans que la maladie l’a emporté. Aujourd’hui les peuples « indo-afro-nuestroamericanos » dans leurs tentatives de construction de grammaires émancipatrices semblent avoir atteint un nouveau point d’inflexion. Un cycle de moyenne durée, social, économique et politique semble s’épuiser lentement, même si ce n’est en aucun cas un processus uniforme, encore moins linéaire. Avec les progrès réels (bien que relatifs) obtenus, les difficultés et les limites importantes affrontées, les expériences des différents et très divers gouvernements « progressistes » de la région, qu’il s’agisse de processus clairement de centre-gauche, sociaux-libéraux, ou, au contraire, d’exécutifs nationaux-populaires plus radicaux, anti-impérialistes, et souvent disqualifiés dans les milieux conservateurs sous l’appellation de « populistes », qu’ils revendiquent les révolutions bolivarienne, ando-amazonienne ou « citoyenne », ou incarnent de simples changements institutionnels d’essence progressiste, tous ces processus politiques complexes semblent se heurter à des problématiques endogènes, à de puissantes forces conservatrices (nationales et globales), mais aussi à nombre d’indéfinitions ou dilemmes non résolus au plan stratégique.

Gouvernements progressistes et expériences post-néolibérales

Sans aucun doute, dans les pays où se sont consolidées des victoires électorales répétées et éclatantes de forces de gauche ou antinéolibérales, en particulier dans le cas où ces victoires sont le produit d’années de luttes sociales et populaires, comme en Bolivie, ou d’une rapide politisation-mobilisation des couches populaires, comme au Venezuela, l’État et ses politiques régulatrices, la croissance économique interne, la lutte contre l’extrême pauvreté par des programmes spécifiques de redistribution et de mise en place de nouveaux services publics ont gagné du terrain : il s’agit d’une différence importante, qu’on ne saurait mésestimer, avec le cycle infernal des privatisations, dévastations sociales et de la violence de la dérégulation capitaliste néolibérale des années 1990. Ces pays ont vu – à des degrés divers – la réaffirmation du rôle de l’État en tant qu’instance régulatrice du marché, avec la redistribution partielle de la rente extractive et des richesses du sous-sol au bénéfice des plus pauvres, politique assitancialiste aux effets directs et immédiats pour des millions de citoyen-ne-s et qui explique en partie la solidité de la base sociale et électorale de ces expériences jusqu’à présent (après plus de 10 ans d’exercice du pouvoir dans certains cas). Pour la première fois – depuis des décennies – divers gouvernements « post-néolibéraux », à commencer par la Bolivie, l’Équateur et le Venezuela, ont montré qu’il était effectivement possible de reprendre le contrôle des ressources naturelles et, dans le même temps, de faire reculer la pauvreté extrême et les inégalités sociales tout en engageant des réformes politiques d’inclusion-mobilisation de larges secteurs populaires, jusqu’ici écartés du droit de décider par eux-mêmes, donner leur opinion et surtout participer. On a également vu ressurgir dans les imaginaires géopolitiques continentaux le rêve de Bolívar et des initiatives d’intégration régionale alternative et de coopération entre les peuples (à l’image du projet – jamais consolidé – de l’ALBA-TCP – Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique-Traité de commerce des Peuples), qui tentaient de recouvrer un espace de souveraineté nationale face aux grandes puissances du Nord, à l’impérialisme militaire et aux nouvelles caravelles que sont les entreprises transnationales ou les diktats unilatéraux des institutions financières mondiales.

Alors que le vieux monde et les peuples de l’Union européenne sont soumis à la dictature financière de la Troïka (FMI, Commission européenne et Banque centrale européenne) qui les plonge dans une profonde crise économique, politique et même morale, il faut souligner la capacité dont ont fait preuve divers mouvements populaires et dirigeants de « Notre Amérique » au moment de résister et commencer à reconstruire un multilatéralisme régional indépendant de Washington, démocratiser la démocratie et même réinventer les contours du politique en s’engageant dans des projets progressivement conçus par différents leaders comme des alternatives pour le XXIe siècle. Quand on voit le peuple grec essayer de relever la tête face à la dictature de la dette et aux attaques des classes dominantes européennes, quand tant de travailleurs, de jeunes et de collectifs de cette région du monde sont à la recherche de voies émancipatrices, il y a encore beaucoup à apprendre de l’Amérique latine des 20 dernières, aussi bien de ses victoires que de ses échecs, de son expérience traumatique du règne du fondamentalisme néolibéral et de ses tentatives héroïques d’y faire face sur ces terres du Sud du système-monde capitaliste.

Les chemins sinueux du pouvoir et la « révolution passive »

Pourtant, comme le soulignait début 2015 le théologien et sociologue François Houtart, secrétaire exécutif du Forum mondial des alternatives, le défi fondamental – en particulier pour les pays qui ont le plus fait naître d’espérances de changement dans les rangs d’une gauche mondiale à la recherche d’exemples à suivre – reste la définition de voies de transition radicale vers un nouveau paradigme civilisateur postcapitaliste. Il ne s’agit pas de rester enfermé dans un projet de modernisation post-néolibérale et moins encore dans le cadre d’un nouveau modèle de croissance fondé sur l’assistanat et le productivisme ou d’un simple réarrangement entre développement national, bourgeoisies régionales et capitaux étrangers. Il s’agit au contraire de viser à la transformation des relations sociales de production, des formes de propriété et des modes d’exploitation de la nature… tout en affrontant l’ingérence impérialiste. Sans aucun doute, une tâche gigantesque et ardue que quelques pays de l’Amérique du Sud ne pourront mener à bien seuls ! Tout point de vue critique devrait partir de là, afin de mesurer les possibles dans le contexte régional actuel.

De ce point de vue, à l’étape historique où nous nous trouvons, malgré les progrès démocratiques conquis au prix de la sueur et du sang2, on voit affleurer les multiples tensions, revers et les limites atteintes par les divers progressismes latino-américains et, plus largement, celles de la période ouverte au début des années 2000 dans la lutte contre l’hégémonie néolibérale. Álvaro García Linera, un intellectuel aujourd’hui au pouvoir, présente ces tensions (en particulier celles entre mouvements et gouvernants) comme potentiellement « créatives » et « révolutionnaires »,  comme des expériences nécessaires pour avancer progressivement vers un « socialisme communautaire »3, en tenant compte des rapports de forces géopolitiques, politiques et sociaux réellement existants (il disqualifie au passage, sans argumenter vraiment et de manière bien peu encourageante, toute critique provenant de sa gauche comme « infantile »…). Selon cette vision, souvent défendue par les « intellectuels de palais », la conquête électorale du pouvoir par des forces national-populaires est pensée comme une réponse démocratique – et « concrète » – à l’émergence plébéienne des années 1990-2000 et l’État est considéré comme un instrument essentiel « d’administration des biens communs » face au règne de la loi de la valeur et de la désocialisation néolibérale. Parmi les défenseurs de ces dynamiques dans le cadre de différents gouvernements progressistes, d’ailleurs trop souvent analysés comme un tout homogène, se trouvent également des intellectuels de renom comme Emir Sader (Brésil), Atilio Borón (Argentine) ou Marta Harnecker, éducatrice populaire et sociologue chilienne4.

Pourtant, nombre de militant-e-s de terrain, de mouvements et d’analystes critiques d’horizons politiques pluriels (parmi eux  Alberto Acosta et Natalia Sierra en Équateur, Hugo Blanco au Pérou, Edgardo Lander et Roland Denis au Venezuela, Maristella Svampa en Argentine ou Massimo Modenesi au Mexique…) soulignent au contraire la dimension toujours plus « conservatrice » des politiques gouvernementales du progressisme ou du nationalisme post-néolibéral (de l’Uruguay au Nicaragua en passant par l’Argentine5), et y compris leur caractère de « révolution passive » (au sens de Gramsci) : il s’agirait ainsi de transformations « au sommet » qui transforment effectivement l’espace politique, les politiques publiques et les rapports État-société-mouvements, mais qui dans le même temps intègrent, cooptent – et, in fine, neutralisent – l’irruption de ceux d’en bas dans les réseaux institutionnels, conduisent à un brusque réarrangement au sein des classes dominantes et du système de domination, en freinant la capacité d’auto-organisation, pouvoir populaire et de contrôle exercé par les peuples mobilisés et secteurs subalternes6. Sous cet angle, la « capture » de l’État par des forces progressistes pourrait signifier davantage la capture de la gauche… par les forces profondes de l’État, sa bureaucratie et les intérêts de classe qu’ils représentent. Le cas vénézuélien où l’inertie de l’Etat rentier, la corruption (civile et militaire) et la « boli-bourgeoisie » sont trois maux qui s’autoalimentent avec frénésie est une sorte de cas extrême en ce sens au moment d’expliquer la situation de décomposition socio-politique que vit le chavisme gouvernemental et la distance toujours plus grande d’avec le chavisme populaire et militant. Sous cet angle, la stratégie de prise de pouvoir pour changer le monde peut aboutir à une gauche prise par le pouvoir, où tout serait changé tout en gardant l’essentiel du monde tel qu’il est….

Selon l’écrivain uruguayen  Raúl Zibechi,  « Dans la mesure où le cycle progressiste latino-américain s’épuise, le temps semble venu de commencer à tirer des bilans sur le long terme, qui ne s’en tiennent pas aux éléments conjoncturels ou secondaires, pour commencer à dessiner un panorama d’ensemble. Le moins que l’on puisse dire est que cette fin de cycle s’avère désastreuse pour les secteurs populaires et la gauche, avec son lot d’incertitudes et d’angoisses quant à l’avenir immédiat, où nous devrons affronter une politique de droite et répressive »7.

Fin de cycle ? fin… et suites

Ces derniers temps, une avalanche d’articles ont été publiés sur la question de l’existence ou non d’une « fin de cycle » progressiste, ou même quant à la pertinence de la notion même de « cycle progressiste ». Le débat a atteint un niveau de polarisation tel que les uns accusent les autres de faire le « jeu de l’Empire » en critiquant les gouvernements, d’être des « diagnostiqueurs de la capitulation » et des « gauchistes de bistrot » (dixit  García Linera), quand d’autres critiquent les premiers de s’être convertis en intellectuels aux ordres et au service d’États de la région et de gouvernements qui ne sont finalement plus régressifs que progressistes… Ce dialogue de sourds n’est guère utile pour élucider le moment politique présent. Les notions d’un possible « reflux du changement d’époque »8 ou, dans une optique marxiste, d’une lente « fin de l’hégémonie progressiste »9 sont sans doute plus complexifiées et adaptées pour s’engager dans cette discussion de manière certes conflictuelle, voire opposée mais constructive en termes politiques. Ceci tout en prenant acte que ce phénomène se produit dans des conditions territoriales-nationales hautement différenciées : « Ce glissement est davantage perceptible dans certains pays (par exemple l’Argentine, le Brésil et l’Équateur) que dans d’autres (le Venezuela, la Bolivie et l’Uruguay), vu que dans ces derniers les coalitions progressistes au pouvoir sont restées relativement soudées et n’ont pas connu de clivages marqués vers la gauche. Le Venezuela en particulier a été le seul pays où a été impulsée la participation des classes populaires avec la mise en place des Comunas à partir de 2009… »10.

Au-delà de la polémique sur l’ampleur du tarissement, de l’inflexion ou du reflux de la période nationale-populaire, et tout en soulignant la variété des processus analysés, il apparaît que, à de nombreux niveaux, les gouvernements progressistes semblent avoir opté définitivement, sous la pression de facteurs tant globaux qu’endogènes, pour un « réalisme modernisateur » au plan économique, la recherche de consensus avec les élites en place et la « politique du possible », ce qui est souvent le meilleur moyen de justifier le renoncement à des changements structurels dans une optique anticapitaliste : cette dynamique pourrait trouver son symbole dans la rencontre « fraternelle », en juillet 2015, entre la présidente brésilienne Dilma Roussef – membre du Parti des travailleurs – et le responsable de crimes contre l’humanité qu’est Henry Kissinger – ex-secrétaire d’État des USA – à un moment où Dilma recherchait le soutien politique de l’Empire face à une opposition croissante de la société civile et une droite revitalisée par l’ampleur des cas de corruption dans les sphères gouvernementales. à l’évidence, l’objectif poursuivi par l’exécutif de la principale puissance latino-américaine avec ce type de geste diplomatique est, avant tout, de soutenir « ses » propres classes dominantes et d’offrir davantage de « sécurité » pour les activités commerciales au Brésil. Sur un autre front et sous d’autres latitudes, le traité de libre commerce signé dans le secret en 2014 par l’Équateur avec l’Union européenne, témoigne des limites des annonces faites par Rafael Correa quant à la « fin de la nuit néolibérale », ceci d’autant plus qu’il s’agit d’un des gouvernements longtemps montré comme exemple à suivre par d’amples franges des gauches européennes. Aujourd’hui le gouvernement équatorien, confronté à la droite et, à l’en croire, à la menace d’un « coup d’État à froid », doit également faire face aux mouvements sociaux et indigènes (ainsi qu’à une gauche radicale encore divisée et très minoritaire) au point qu’on pourrait parler d’une situation d’« impasse politique », au sens que lui donne le marxiste Agustín Cueva, où la figure césariste du Président joue un rôle de stabilisateur fonctionnel pour le capital : « Il y a eu des périodes récurrentes dans l’histoire de l’Équateur où l’intensité des conflits horizontaux, inter-capitalistes, combinés à des luttes verticales opposant les classes dominantes et populaires, les rendait insupportables pour les formes de domination existantes. Dans l’intermède, le temps que les politiques conçoivent de nouvelles formes plus stables de domination, régnait l’instabilité au point d’aboutir à une impasse »11.

L’héritage maudit extractiviste

De façon plus générale, il faut mentionner, même s’il ne s’agit pas du seul problème, la permanence dans tous les pays progressistes et postnéolibéraux d’un modèle productif et d’accumulation où s’entremêlent, à des degrés et selon des intensités variables, capitalisme d’État, néolibéralisme et modèles basés sur l’extraction intente de ressources primaires et énergétiques (« extractivisme »), avec leurs effets destructeurs pour les communautés indigènes, les travailleurs, les territoires et les écosystèmes… Cette tension interne s’articule, de façon inégale et combinée, avec un contexte financier globalisé féroce et – ce qui constitue le fait central de la conjoncture actuelle – la crise économique mondiale et la déflation chinoise qui frappent violemment la région, en provoquant une brusque chute du prix des matières premières et en particulier du baril de pétrole (qui est  passé de pratiquement 150 dollars à moins de 50), scellant la fin de la période de prospérité précédente en mettant à nouveau à nu la matrice productive dépendante et néocoloniale de l’Amérique latine, héritage maudit de plusieurs siècles de domination impérialiste. Cette situation coïncide avec une offensive notoire du capital transnational des États du Nord et de quelques géants du Sud (à commencer par la Chine) pour s’emparer de nouvelles terres agricoles, de ressources énergétiques, minérales, de l’eau, de la biodiversité, de la main d’œuvre :  une tornade destructrice… jusqu’à la dernière goutte de vie. Dans des pays comme la Bolivie ou l’Équateur où la conscience de ces dangers sociaux-environnementaux est plus aiguë, le gouvernement et les forces qui le soutiennent mettent en œuvre une politique – qui ne manque pas de cohérence – consistant à passer par une phase indispensable d’industrialisation-extractivisme pour construire la transition en s’appuyant sur une certaine croissance économique : on peut parler d’un « extractivisme transitoire post-néolibéral » qui permettrait de développer de petits pays dépendants aux faibles ressources, de créer des richesses sur la base d’une accumulation primitive pour répondre à l’immense urgence sociale que connaissent ces nations appauvries et, dans le même temps, s’engager dans un lent processus de changement du modèle d’accumulation au sein d’un contexte mondial adverse.

Néanmoins, selon Eduardo Gudynas, secrétaire exécutif du CLAES (Centre latino-américain d’écologie sociale) : « Il n’y a aucune évidence que ce processus se réalise réellement pour différentes raisons. Premièrement, la façon dont est utilisée la richesse générée par l’extractivisme est en grande partie consacrée à des programmes qui augmentent l’extractivisme, en accroissant par exemple les réserves d’hydrocarbures ou en encourageant l’exploration minière. Deuxièmement, les politiques extractivistes ont des effets économiques qui inhibent les processus d’autonomie dans d’autres secteurs productifs, aussi bien dans l’agriculture que dans l’industrie. Le gouvernement devrait prendre des mesures pour prévenir cette distorsion et ce n’est pas ce qui se passe. Il y a de fait une dérive dans l’agriculture avec la promotion de cultures d’exportation alors qu’augmentent les importations d’aliments. Troisièmement, comme les projets extractivistes engendrent une forte résistance sociale (telle celle récente des Guaranís de Yategrenda, Santa Cruz, ou de la réserve Yasuni en Équateur) les gouvernements sont contraints de les défendre avec une telle vigueur que l’adhésion de larges secteurs de la société à la culture extractiviste se renforce et inhibe par là-même la recherche d’alternatives »12.

Ainsi, ce n’est pas un hasard si les luttes populaires et les mobilisations qui émergent au cœur de l’Amérique, et qui annoncent – peut-être – une nouvelle période historique de luttes de classe, sont directement liées aux déprédations, à la répression et aux résistances socio-territoriales que ces politiques engendrent : « La résistance se développe principalement contre l’extraction minière et la monoculture, en particulier le soja, mais aussi contre la spéculation immobilière, autrement dit contre les formes spécifiques que revêt l’extractivisme. Selon l’Observatoire des conflits miniers de la région il y a 197 conflits en cours dans le secteur minier qui touchent 296 communautés. Le Pérou et le Chili, avec 34 conflits chacun, suivis par le Brésil, le Mexique et l’Argentine sont les pays les plus affectés »13.

Crise économique mondiale, retour des droites et nouvelles luttes populaires

Ce nouveau scénario se manifeste dans un contexte marqué par de sombres menaces sur l’économie des principales puissances latino-américaines, la profonde crise du capitalisme mondial qui se poursuit et la persistance d’immenses inégalités sociales tout comme de dissymétries régionales dans l’ensemble du continent. Il faut par ailleurs souligner l’offensive tous azimuts des différents secteurs de la droite patronale et des médias privés, mais aussi des oligarchies de la région qui profitent de la fin de l’hégémonie progressiste pour récupérer le terrain perdu depuis 15 ans face aux leaders charismatiques et aux dirigeants progressistes. Ces droites conservatrices et néolibérales continuent à contrôler – sur le plan politique – des villes, des régions et des pays clé (comme le Mexique et la Colombie) et viennent coup sur coup de vaincre lors des présidentielles en Argentine et de créer un véritable raz de marée lors des parlementaires au Venezuela. Ces nouvelles conquêtes menacent clairement les droits arrachés par les luttes pendant la dernière décennie et le processus d’intégration régionale qui prenait ses distances avec Washington, mais il serait tout à fait illusoire – comme le fond nombre d’intellectuels de palais – de se contenter de pointer la « guerre économique et médiatique » ou les manœuvres étatsuniennes au moment d’expliquer ses défaites. La croissance des droites puisent avant tout dans les faiblesses et incohérences du projet national-populaire, l’absence de perspective de rupture mobilisatrice (les Kirchner revendiquaient avoir réussi à restaurer « un capitalisme normal ») ; elles naissent également de l’effondrement « par en haut » d’une tentative de transformation nationale (comme au Venezuela). Nous savons néanmoins que les forces conservatrices ont été et sont toujours capables d’organiser de multiples formes de déstabilisation quand cela est nécessaire, y compris des coups d’État (comme, au cours de ces dix dernières années, au Paraguay, au Honduras et au Venezuela) avec le soutien – explicite ou indirect – de la politique impérialiste made in USA14. Il est pourtant peu probable que nous assistions à un brusque retour en arrière vers l’époque du néolibéralisme triomphant tant la conscience anti-néolibérale a pu gagner du terrain, même si dans le cas du Venezuela, la soif d’en découdre de l’opposition et les appels à la résistance du Président Maduro pourraient annoncer des temps agités d’affrontements.

Pourtant, d’en bas s’élèvent des protestations populaires multisectorielles, des peuples indigènes, des étudiants et des travailleurs qui imposent leurs propres agendas et revendications au temps institutionnel, soulignant par leurs luttes les limites des transformations structurelles mises en œuvre dans les pays gouvernés par des forces « post-néolibérales » et leur absence totale là où règnent encore les droites néolibérales, dénonçant aussi les diverses formes de répression, d’intimidation ou de cooptation qui sévissent partout : opposition collective au soja transgénique et grèves ouvrières en Argentine ; grandes manifestations de rue de la jeunesse dans les principales villes brésiliennes pour le droit à la ville et contre la corruption ; crise profonde du projet bolivarien, violence de l’opposition et difficile réorganisation du mouvement populaire au Venezuela ; luttes paysannes et indigènes au Pérou contre les méga-projets miniers (tel le projet Conga) ; mobilisations des Mapuche, des salariés et des étudiants au Chili pour dénoncer avec force l’héritage maudit de la dictature de Pinochet (et sa cogestion par le gouvernement actuel) ; critiques de la COB (Centrale ouvrière bolivienne), d’ONG et de secteurs du mouvement indigène à l’encontre de la politique de « modernisation » d’Evo Morales en Bolivie ; renoncement du gouvernement Correa au projet Yasuní qui devait préserver de l’extraction les gisements pétrolifères en Équateur et affrontement du pouvoir avec la CONAIE (Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur) et des franges significatives de la société civile organisée ; négociations prolongées en Colombie à la recherche d’une paix véritable, ce qui exige une paix qui aille de pair avec des transformations sociales, économiques et une réforme agraire de grande ampleur ; etc.

La « vielle taupe » de l’histoire et les alternatives en construction

Le scénario est tendu et fluctuant. Mais quoi qu’il en soit « la vieille taupe de l’histoire » (au sens où l’entendait Marx) continue à creuser et se développent simultanément une grande variété d’expériences de luttes sociales, de conflits de classe et de débats politiques accompagnés de nombreuses expériences de pouvoir populaire, d’alternatives radicales et d’utopies en construction15. Si certains intellectuels ont pu croire – et laisser croire – que pour toute une période l’Amérique latine – on devrait la nommer Abya Yala – atteindrait le nouvel El Dorado du « socialisme du XXIe siècle » grâce à un « tournant à gauche » institutionnel et des victoires électorales démocratiques, nous savons que les chemins de l’émancipation sont bien plus complexes, profondément sinueux et que les appareils du pouvoir (militaires, médiatiques, économiques) des oligarchies latino-américaines et impérialistes sont solides, résilients, enkystés et féroces quand c’est nécessaire. Transformer les relations sociales de production et éliminer les dominations de « race » et de genre dans les sociétés de « Notre Amérique » relèvent d’une dialectique qui devra, à coup sûr et à nouveau, partir d’en bas et à gauche, dans l’autonomie et l’indépendance de classe, dans toute sa dimension politique, en écartant l’illusion d’un changement qui ferait l’économie de la prise du pouvoir, mais aussi qu’une transformation de la société par le haut est possible (et souhaitable).

Cela ne revient pas à nier que ces tentatives collectives de pouvoir populaire doivent continuer à s’appuyer sur des victoires électorales partielles, qu’elles puissent attacher de l’importance à conquérir des espaces institutionnels et politiques au sein de l’État ou encore s’incarner autour du figures dirigeantes, mais si – et seulement si – si ces nouveaux espaces et leaders sont mises au service des « communs » et de leurs administrés, au service d’une stratégie cherchant le développement de l’auto-organisation dans tous les domaines. Peut-on utiliser l’État pour en finir avec l’État… capitaliste, en l’utilisant un temps comme barrière de protection face à la puissance des forces hostiles internes et externes ? Ou faut-il affirmer avec Marx que l’État, création par essence des classes dominantes, ne peut pas être un outil à utiliser tel quel notre service sauf à risquer de nous coloniser, dans nos mentalités, notre âme et nos pratiques ?

À l’évidence, se confirme une fois de plus que la prise de contrôle de l’exécutif représente « seulement » la conquête partielle du pouvoir, d’autant plus limitée si on ne dispose pas d’une majorité parlementaire et d’une base sociale mobilisée16 : rappelons-nous les leçons du Chili et la façon dont a été renversé Salvador Allende et écrasée la voie « institutionnelle » au socialisme de l’Unité populaire… Un gouvernement de gauche et des classes subalternes ne démontre alors son véritable caractère d’alternative que s’il est capable de servir de levier transitoire et de stimulant pour les luttes auto-organisées des travailleurs et des mouvements populaires ou indigènes, en favorisant des dynamiques de prise de pouvoir démocratique réelles, de transformations des relations sociales de production, d’expérience d’autogestion et de voies émancipatrices fondées sur et agissant pour le « bien vivre ». À défaut, les forces politiques dites de gauche sont condamnées à gérer l’ordre existant, et même dans des phases d’instabilité à s’élever au-dessus des classes sociales dans une fonction bonapartiste pour assurer la perpétuation de l’État-Léviathan, en exerçant leur domination de façon plus ou moins « progressiste » et plus ou moins conflictuelle avec les élites locales ou les multinationales.

Le fléchissement et le tournant régressif actuel en Amérique latine est incontestablement lourd de dangers, tout en contenant encore quelques opportunités pour celles et ceux d’en bas. L’heure est venue de reprendre la discussion sur le nouveau sans oublier l’ancien et de débattre des stratégies anticapitalistes et des outils politiques permettant de construire ce que nous proposons d’appeler un ecosocialismo nuestroamericano du XXIe siècle : un projet qui ne soit ni un calque ni une copie, qui refuse de se laisser étouffer par les tactiques électorales à court terme, par les luttes des caudillos et des appareils bureaucratiques, mais qui ne se laisse pas non plus abuser par la chimère de construire une pluralité d’autonomies sociales sans projet politique d’ensemble un tant soit peu centralisé. Pour ce faire il est essentiel de mobiliser tous nos sens, ouvrir les yeux et les cœurs, devant les expériences collectives en cours, souvent oblitérées par les radars médiatiques dominants, encore dispersées et faiblement interconnectées, mais qui forment un puissant fleuve de luttes en permanente évolution, inscrites dans le réel et le concret, riches de leurs échecs et de leurs succès. Autant d’expériences qui permettent de comprendre les dynamiques émancipatrices, les tentatives collectives originales et les dangers qu’elles doivent affronter ou contourner.

Cela ne nous permet pas, c’est vrai, de mettre en évidence une forme idéale de soulèvements victorieux et lendemains qui chantent. Il s’agit plutôt d’une mosaïque de praxis-savoirs-actions : expériences au niveau des terres et des territoires, ou encore de l’activité productives avec les usines récupérées par leurs salariés, dans le domaine des communautés urbaines, d’autres encore s’inscrivant dans des politiques publiques engagées par les gouvernements et les institutions, pour autant qu’elles soient sous le contrôle des intéressés : luttes des femmes contre la violence patriarcale, des sans-toits, des communautés indigènes, de la classe ouvrière dans différents pays, expériences d’agroécologie alternative en Colombie, des mouvements pour le « bien vivre » en Équateur, des conseils communaux au Venezuela, des usines sans patron en Argentine, des médias communautaires au Chili et au Brésil, des rondas communautaires au Pérou et au Mexique, etc. « Des initiatives organisées localement pour prendre et exercer le pouvoir populaire, des manifestations de rue combatives pour s’opposer à des décisions prises par le pouvoir national et transnational ; mais également des assemblées constituantes capables de refonder l’utopie, de se réapproprier les rênes de la politique au niveau de l’État : les chemins de l’émancipation sont loin d’être univoques. En tant qu’expériences, ils supposent des recherches, des tâtonnements et des replis. Mais aussi des victoires. Complexes, parfois contradictoires, mais chargées d’espoirs profonds et authentiques, ces expériences constituent une source pour ceux qui sont engagés dans la tâche de réinventer les sociétés et la façon de faire de la politique, qu’il s’agisse de citoyens des pays de cette région du monde ou de femmes et d’hommes d’autres contrées qui se sont engagés sur la voie difficile de la résistance et de l’émancipation »17.

Ecosocialisme ou barbarie

Cette pluralité de voix et d’exemples latino-américains permet de reprendre le fil d’une discussion qui parcourt déjà les veines ouvertes du continent ; cela permet de réfléchir au-delà et en-deçà des projets progressistes gouvernementaux, en considérant qu’il est, simultanément, indispensable de créer des fronts socio-politiques larges pour faire face aux menaces de retour en force des droites et de l’impérialisme en Amérique du Sud. Il faut évidemment reconnaître que ces diverses expériences et vécus évoqués brièvement  ici qui relèvent du comment changer le monde sont contradictoires, et même divergentes : certaines isolées, très localisées et d’autres, au contraire, institutionnelles ou rattachées à des politiques gouvernementales. C’est à cela que tient l’intérêt de reprendre les grands débats stratégiques du XXe siècle, mais en les situant dans le temps présent et dans la mémoire des bilans des douloureuses défaites passées. Cela nous oblige surtout à penser à contre-courant, à l’opposé d’une « gauche contemplative, institutionnelle, administrative, une gauche d’aspirants fonctionnaires, une gauche sans révolte, sans mystique, une gauche sans gauche » qui peuple les arcanes parlementaires et les officines gouvernementales18. Contre nos funestes modèles de croissance infinie et nos propres visions téléologiques, avec la conscience de l’urgence globale d’une planète maltraitée en plein effondrement écologique et climatique, le temps presse. Comment s’engager dans une transition post-capitaliste et écosocialiste au XXIe siècle ? Quel sera le rôle des instruments politico-organisationnels dans ce cheminement ? Le rôle des forces armées, du système de représentation, des syndicats ? Les détruire, s’en servir, les transformer, les esquiver, les fissurer… d’accord, mais alors comment ? Et comment reconstruire une conscience commune, une hégémonie culturelle et une gauche anticapitaliste par le peuple et pour le peuple ? Comment éviter de nourrir de petits groupes aux affinités étroites refermés sur eux-mêmes mais également se garder de répéter les abominations bureaucratiques étatiques du  XXe siècle ?

La grande Rosa Luxemburg, en 1915, reprenant les mots de Friedrich Engels, lançait cet avertissement : « ou bien passage au socialisme ou rechute dans la barbarie. » En 2015, ce message prend un sens encore plus catastrophique et prémonitoire : « écosocialisme ou écocide global ». C’est avec « l’audace du nouveau » que nous pourrons recommencer à rêver d’abattre les murs du capital, du travail salarié, du néocolonialisme et du patriarcat : « Changer le monde semble très ambitieux. Mais davantage encore risqué si on prend en compte les groupes de pouvoir qui ne permettront jamais que soit démantelée la civilisation capitaliste. Pourtant, dans les circonstances présentes, il n’y a pas d’autre alternative. Les conditions de vie de larges segments de la population et de la Terre même se détériorent à un rythme accéléré. Nous approchons d’un point de non-retour. Et la possibilité de changer de planète n’existe pas. […] Nous devons relever le défi. Nous devons être rebelles face au pouvoir (et jusqu’à souhaiter peut-être sa destruction). Nous devons accepter nos limitations en tant qu’êtres humains dans la Nature. Nous devons haïr toute forme d’exploitation. Nous devons être ceux qui se dressent contre toutes les injustices et contre ceux qui les commettent. Nous ne devons pas nous résigner. Nous devons continuer à exiger et à construire l’impossible »19.

La tâche est en cours, c’est notre pain quotidien, aujourd’hui et demain.

Santiago du Chili, 2015. 

Traduit de l’espagnol para Robert March pour la revue Inprecor –

  • Cet article se fonde sur la préface à l’édition chilienne du livre collectif América Latina. Emancipaciones en construcción (Santiago, Tiempo Robado Ed. /América en movimiento, 2015), http://americaenmovimiento.cl/america-latina/. L’auteur est docteur en sciences politiques, maître de conférences en Civilisation et histoire latino-américaine à l’Université Grenoble-Alpes, membre du comité éditorial de la revue http://www.rebelion.org et membre de la rédaction de ContreTemps.
  • 2. Tels que la construction d’États plurinationaux, l’instauration de droits sociaux plus ou moins institutionnalisés, la mise en place d’assemblées constituantes et d’espaces de participation communautaire ou l’impulsion de l’intégration régionale.
  • 3. Álvaro García Linera, Las tensiones creativas de la Revolución. La quinta fase del Proceso de Cambio, La Paz, Vice-présidence de l’Etat plurinational de Bolivie, 2011.  http://www.rebelion.org.
  • 4. Emir Sader, “¿El final de un ciclo (que no existió)?”, Pagina 12, Buenos Aires, 17 septembre  2015 et Marta Harnecker, “Los movimientos sociales y sus nuevos roles frente a los gobiernos progresistas”, Rebelión, 7 septembre 2015, http://www.rebelion.org
  • 5. Il faut noter ici que, pour nous, le gouvernement actuel de Michelle Bachelet se situe clairement hors de cette catégorie « progressiste post-néolibéral sud-américain » vu qu’il est fondamentalement une continuation « réformiste » du néolibéralisme des gouvernements de la Concertation qui ont dirigé le pays entre 1990 et 2010. Cf. Franck Gaudichaud, Las fisuras del neoliberalismo maduro. Trabajo, “Democracia protegida” y conflictos de clases, Buenos Aires, CLACSO, 2015,  http://www.clacso.org.ar/libreria-latinoamericana/libro_detalle.php?orden=&id_libro=1053&pageNum_rs_libros=0&totalRows_rs_libros=1022.
  • 6. Massimo Modenesi,  “Revoluciones pasivas en América Latina. Una aproximación gramsciana a la caracterización de los gobiernos progresistas de inicio de siglo”. In Massimo Modenesi (coord.), Horizontes gramscianos. Estudios en torno al pensamiento de Antonio Gramsci, México, FCPyS-UNAM, 2013.
  • 7. Raúl Zibechi, “Hacer balance del progresismo”, Resumen latinoamericano, 4 août 2015, http://www.resumenlatinoamericano.org.
  • 8. Katu Akornada, “¿Fin del ciclo progresista o reflujo del cambio de época en América Latina? 7 tesis para el debate”, Rebelión, 8 septembre 2015, http://www.rebelion.org.
  • 9. Massimo Modenesi, “¿Fin del ciclo o fin de la hegemonía progresista en América Latina?”, La Jornada, 27 septembre 2015.
  • 10. Massimo Modenesi, “¿Fin del ciclo… ”, art. cit.
  • 11. Jeffery R. Webber, “Ecuador’s Impasse”, Jacobin, 30 août 2015, https://www.jacobinmag.com/2015/08/correa-pink-tide-gramsci-peoples-march/.
  • 12. Ricardo Aguilar Agramont, “Entrevista a Eduardo Gudynas: La derecha y la izquierda no entienden a la naturaleza”, La Razón, 23 août 2015.
  • 13. Raúl Zibechi, “Hacia un nuevo ciclo de luchas en América Latina”, Gara, 3  novembre  2013, http://www.gara.naiz.info.
  • 14. Franck Gaudichaud, “El peso de la historia. América Latina y la mano negra de Washington”,  Le Monde Diplomatique, édition chilienne, juillet 2015.
  • 15. Pablo Seguel, “América Latina actual. Geopolítica imperial, progresismos gubernamentales y estrategias de poder popular constituyente. Conversación con Franck Gaudichaud”. En: GESP (coord.), Movimientos sociales y poder popular en Chile, Tiempo robado ed., Santiago, 2015, pp. 237-278.
  • 16. Cf. Marta Harnecker,  “Los movimientos sociales…”, op. cit.
  • 17. Tamia Vercoutère, prologue à l’édition équatorienne du livre América Latina. Emancipaciones en construcción (Quito, IEAN, 2013).
  • 18. Pablo Rojas Robledo, “Hay que sembrarse en las experiencias del pueblo”. Fin de ciclo, progresismo e izquierda. Entrevista con Miguel Mazzeo”, Contrahegemonía, septembre 2015, contrahegemoniaweb.com.ar
  • 19. Miriam Lang,  Belén Cevallos et Claudia López (comp.), La osadía de lo nuevo. Alternativas de política económica, Quito, Fundación Rosa Luxemburg/Abya-Yala, 2015, pp. 191-192.

 

 

 

Marchandisation:Des prix toujours plus élevés

15 Dic

Plusieurs personnes ont probablement remarqué que depuis quelque temps le prix de certains produits essentiels change sans cesse à la hausse. On clame toujours pour cause le coût de transport (l’essence), le coût de production etc …

On avale la pilule sans pouvoir réagir à tous ces changements subits et effrénés.

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Mais hélas, certains détaillants de denrées alimentaires trouvent maintenant ainsi un moyen d’augmenter leurs profits et ne se contentent pas de n’appliquer que les hausses que les facteurs qu’ils identifient pourtant les obligeraient à faire.

Ce sont installées des façons de faire qui relèvent du banditisme. Entre autres exemples, au lieu de n’augmenter que le prix d’un article, on change aussi en seconde étape son format: du bacon 500 grammes dont le prix médian était de 5.00$ passe à 7.99$ pour un format de 375 grammes. Un contenant de savon à vaisselle de 750 ml passe au format trompe l’oeil (presqu’identique) de 675 ml.

Il faut de plus souligner que ces pratiques malhonnêtes nécessitent l’injection sur le marché de plus de contenants à recycler pour lesquels vous et moi contribuons à financer des programmes.

Alors que le format change, personne ne se souci de l’augmentation exponentielle de prix qu’il subit du même coup, sans compter que les augmentations de prix sont effectuées la plupart du temps avant même ce changement de format. Le coût de production, le transport etc…. sont toutes des raisons que l’inconscient collectif admet puisqu’on nous vend la récession et l’austérité en se basant sur l’effet boule de neige qu’elles créent. Autant dire qu’on autorise les marchands, la finance, les entreprises à surenchérir pour s’enrichir. Où et la protection du consommateur? Où sont les journalistes? Où sont les associations? Où sont les lois anti-collusion? Où est le protecteur du citoyen?

A ces pratiques répréhensibles, il faut ajouter l’effet de standardisation des formats (du format impérial, ou américain, au format métrique) qui avait déja permis certains abus dont malheureusement un trop grand nombre de consommateurs ne pouvaient se douter puisqu’ils en étaient eux-mêmes à comprendre ces nouvelles mesures et que plusieurs n’ont toujours pas réussi à le faire.

Invariablement, si l’on retire une certaine quantité par contenant, en bout de ligne on produit plus de contenants par quantités équivalentes.

Il faut maintenant se soucier de ces nouvelles façons de faire amenées par un marketing débridé auxquels souscrivent sans remords bon nombre d’entreprises. Il y a à peine quelques années, on pouvait évaluer l’honnêteté d’un commerçant. Ce n’est plus le cas. Il peut se retrancher à volonté derrière un système déshumanisé, déresponsabilisé, auquel il contribue avec empressement. Il n’a jamais trouvé essentiel de prévenir ses clients (ses obligés) de changements susceptibles de lui faire repenser à l’usage de certains produits dans certains cas, ce qui aurait pu avoir pour effet que le consommateur se rabatte avec justesse sur des produits dont les fabricants et les détaillants n’ont pas senti le besoin d’en trafiquer l’existence.

L’ère des géants en tout est bien là: soucieuse des profits, soucieuse de l’uniformité, soucieuse d’écarter toute compétition. Lorsque leurs activités se concentrent sur les besoins essentiels, que les gouvernements en place n’essaient d’aucune manière de protéger la saine concurrence, qu’ils ajoutent au pouvoir que ces géants s’octroient des subventions, des accords commerciaux, des règles assouplies en matière de production, d’importation et de transport, la population dépendante de ses propres besoins essentiels n’a d’autre avenue que d’acquiescer à toutes les pratiques fussent-elles méprisables et dommageables.

Cette spirale, nourrie par la soif exagérée de profits et l’opportunisme, entraîne une inflation à laquelle participent très peu pour l’instant les différents facteurs économiques. Mais puisque les acteurs de cette surenchère semblent avoir perdu tout scrupule et que les biens dont ils manipulent les prix sont essentiels, on ne peut qu’entrevoir l’appauvrissement de nombreuses personnes. D’ailleurs plusieurs organismes dénoncent l’augmentation marquée d’utilisateurs des banques alimentaires.

Comprenons-nous ainsi que l’ère du client satisfait est révolue? Il n’est plus maintenant que la marchandise qui paie pour de la marchandise. L’augmentation exponentielle assure à elle seule une compensation confortable pour la perte d’une certaine clientèle. Il ne faut pas chercher loin pour prédire laquelle.

Ad-Lib

À bâtons rompus_Le billard mondialiste pour les nuls

15 Dic

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Le mondialisme est la convergence de deux processus unificateurs : l’un idéologique, les droits de l’Homme universels ; l’autre économique, échanges commerciaux internationaux. Deux processus qui se fondent aujourd’hui dans un même projet : celui d’une gouvernance mondiale. Wiki 

Le but n’est pas d’empocher une bille, mais toutes. De même au billard français, le but n’est pas de faire un point, mais un nombre de points déterminé. La maîtrise du déplacement de toute bille en mouvement en est la clé. Wiki

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Dans la série web-réalité, il existe maintenant un jeu bien amusant: décider qui a raison, ou qui a tort dans la marmelade intellectuelle  de ceux qui analysent  « l’état actuel du monde ». On décortique comme j’ai déjà décortiqué des rats en laboratoire pour savoir comment ils fonctionnent. Tout comme dans l’Histoire, pour décortiquer un rat, il faut qu’il soit mort… Au moins que son cœur batte…

La naissance et la montée au ciel de Saint-Vladimir: le discours sur la montagne   

Monsieur Poutine, l’Homme de 40 $milliards, est en train de talocher le beige président Obama de par son « porte-parole »  Sergueï Lavrov, à travers un discours qui rend fébrile tous les anti-américains ( dont je fais partie).  Alors, Monsieur Poutine aurait intérêt à être mieux connu pour sa gouvernance de stalinisme rose.

Radio-Canada nous dévoile dans une enquête la face cachée d’un Poutine … toujours au pouvoir m  qui a amassé une fortune immense et qui « s’abrite » dans une demeure de 1 milliard de dollars. Tant au pouvoir, révèle l’enquête, qu’il ne peut plus sortir du pouvoir avant sa mort au risque de dévoiler les magouilles staliniennes de la « réussite » de la Russie, pseudo-démocratie… comme celle des États-Unis d’Amérique. « Quand on sort de Moscou, on se retrouve au 17 e siècle », faisait remarquer un observateur.

L’obsession anti-américaine 

En effet, c’est au résultat inverse qu’on assiste. Partout la mondialisation est responsable de la réduction des inégalités. L’Amérique peut légitimement se prévaloir d’être à la tête de ce progrès mondial. Pourquoi alors devrait-elle sempiternellement se couvrir la tête de cendres!

J.F. Revel, L’obsession anti-américaine

C’est justement de cette obsession anti-américaine qu’est né le mouvement « favorable » au système « poutinien » qui passera à l’Histoire. L’Histoire présente… À long terme, ce sera un autre coup de poing à la Bruce Lit… Jeet Kune do, ou You Can Do, ou Yes We Can…

On ne peut comprendre un rat, ni le voir, si on a l’œil collé sur celui-ci. En ce sens, toute analyse devient désuète ou dure le temps d’une amourette. Toute séquence historique ressemble à une queue de billard frappant les billes et des millions d’observateurs tentent de définir. Même si nous passons la séquence au ralenti, il existe d’autres tables de billard dans le « monde »… De sorte que nous ne parvenons jamais à comprendre ni, surtout, à modifier le courant de l’Histoire.

Le citoyen est un spectateur. L’intellectuel un analyste naïf. Il ne reste plus que l’observateur des observateurs. Celui qui regarde, placide, ce jeu de billes sur table. ( Jadis, la Terre était plate).  On peut se targuer de « comprendre », mais comprendre n’est pas changer.  C’est ainsi que pour semer le doute, la joute des belligérants – le plus souvent paperassiers instruits alliés-kapos des décideurs, – brouillent le jeu.  Alors l’observateur non observateur des observateurs devient alors un participant au jeu meurtrier de l’échiquier mondial.

Get it?

Le NOM 

Le nouvel ordre mondial était, à ses racines, un mouvement humaniste. Il est devenu un mouvement monétaire et favorable à la classe riche et dirigeante. Mais là où ça se complique, c’est qu’on ne peut plus définir qui est la classe dirigeante  dans un pays, puisque la classe dirigeante est affaires. Les affairistes sont malheureusement tordus sans intérêt pour les pays et les citoyens.

On peut bien jouer au jeu du billard planétaire. À en perdre la boule… Et c’est excitant. Mais la lutte en ce moment n’est pas celle entre les pays, les meilleurs au jeu, mais entre un monde tout à fait déshumanisé et un monde qui souhaite seulement demeurer humain et respecté. Le reste est hypocrisie. Et la totale.

Cette charmante austérité des « pays riches » est issue de la crise 2008. Ledit partage des richesses n’aura jamais lieu. Dès lors, toute implication dans ce jeu de psychopathes estampillés de l’État est une risée.

Mais les phoques applaudissent…

Gaëtan Pelletier

Merci à : la Vidure

 

À bâtons rompus_ OPÉRATION «DÉ-MARCHANDISATION DE NOËL»

8 Dic

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Non, je ne suis pas en train de prôner le désespoir et l’abîme d’incompréhension dans le cœur et l’esprit de vos enfants… Là n’est pas le but, loin s’en faut ! Je suis en train de porter à votre attention une idée glanée sur le site PlanetShift qui a retenu mon attention et qui a le potentiel de mettre rapidement un grand coup de pied dans la fourmilière de l’esclavage financier et commercial que nous subissons, et de nous permettre de reprendre, petit à petit, la place qui aurait toujours dû être la nôtre : aux manettes de l’économie !
Gardant présent à l’esprit qu’on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs, il y aura évidemment des ajustements à faire de notre côté et du côté de nos enfants. Mais saviez-vous que…
C’est aux mois de novembre et décembre que nous sommes matraqués par les médias pour nous conduire comme de bons petits moutons dressés à faire ce qu’ordonne le maître : aller dépenser tout ce que nous avons acquis pendant l’année, non pas pour être plus heureux et satisfaits (si Noël et toutes les dépenses qu’il occasionne rendaient heureux, cela se saurait…), mais pour remplir les coffres de ceux qui nous imposent les OGM, la mal-bouffe, les articles médiocres pas chers ou luxueux hors de prix. Les fêtes de Noël sont un exercice essentiellement commercial dont le but est de nous pomper du fric jusqu’à plus soif… et ça marche ! Enfin, jusqu’à maintenant ça a marché, mais maintenant nous pouvons, et nous devons, réagir et dire NON !
Comment faire ? Facile, nous allons user de créativité et allons renverser la vapeur en créant de NOUVELLES RÈGLES DU JEU DE NOËL. Par exemple, nous pouvons décider, afin d’atteindre notre but qui est de redéfinir l’économie pour la rendre humain-friendly, que Noël n’est plus une occasion où l’on s’empiffre à tout-va et où l’on dépense à vue ! Donc :

Nous pouvons préparer des repas frugaux, comme par exemple, des crudités, des soupes, des jus de fruits faits maison et pourquoi pas du pain de seigle pour renouer avec nos racines ancestrales ainsi que les éternels et délicieux mendiantsi ? Finis la dinde dorée et croustillante à souhait, les chocolats fondants et dégoulinant de saveur, le champagne coulant à flots ! Je sais, vous êtes en train de vous marrez… ça roule, car je vous assure qu’il y aura d’autres occasions au cours de l’année pour en manger et en boire : des occasions choisies et rythmées par NOUS, et non imposées par le système pour des raisons commerciales et dont nous sommes les victimes sur deux plans : le plan sanitaire et le plan financier. Cessons de jouer le rôle des chiens de Pavlov et de réagir sur commande !

«Et les cadeaux ?», direz-vous, «Les enfants seront mortifiés !!».

• Pour les cadeaux, la donne change également : il ne s’agit plus maintenant d’en acheter à cette occasion, mais de donner DE SOI !! Autrement dit, d’aller faire une bonne action dans le voisinage ou dans sa famille. Il peut s’agir d’aller aider une personne à faire des réparations chez elle, de faire des courses pour une petite vieille ou une mère de famille débordée, de désherber un terrain vague pour le transformer en jardin vivrier pour tous, par exemple, ou d’aider son fils à (enfin !) réparer son vélo… l’idée étant de DONNER des choses IMMATÉRIELLES mais qui demandent un investissement de notre personne, de notre énergie et de notre temps, et non un investissement en argent. C’est ce que je veux dire quand j’emploie l’expression «renverser la vapeur».

C’est de cette manière que nous arriverons à une société sans argent dite «Système Ubuntu» (voir Michael Tellinger) et donc d’abondance pour tous, car l’argent ne crée pas la richesse, mais la pauvreté. Il y a des pauvres parce que l’argent existe. Sans argent, il n’y a que l’abondance que le Créateur nous a léguée au départ. Nous devons apprendre à donner autrement que des «cadeaux industriels sans valeur et sans âme» (même s’ils sont chers), alors que le plus beau cadeau est celui de notre élan intérieur, de notre bonne volonté, de notre créativité, de notre temps, de nos savoir-faire et talents, et de notre amour… et ce cadeau-là ne s’achète pas : il s’offre, tout simplement.

• Les plus petits (disons jusqu’à 4 ans) auront droit à quelques cadeaux car ils pourraient ne pas comprendre les changements entrepris. Et c’est maintenant qu’il faut s’y prendre car il faudra fabriquer leurs cadeaux avec eux, en famille avec, de préférence, les matériaux que nous possédons déjà à la maison (et que nous aurons mis de côté pendant l’année dans cette optique). En fait, nous pouvons faire de Noël la grande fête du RECYCLAGE par excellence. On nous parle souvent de recyclage (les politiques, les médias…), mais jamais on ne nous suggère que Noël pourrait faire partie des occasions à recycler… et pour cause ! Cela remettrait en question ce grand pouvoir hypnotique que les pouvoirs en place ont sur nous. Accessoirement, on pourra utiliser des matériaux neufs pour faire les cadeaux. Imaginez la fiereté de vos enfants d’avoir fait leurs jouetsii avec leur maman ou leur papa !

• Noël comme «fête du recyclage, de la créativité et de la frugalité» ? Pourquoi pas ? C’est important d’expliquer à vos enfants ce que vous comptez faire, et pourquoi vous comptez le faire (le pourquoi du comment s’ils sont en âge de comprendre, pour les plus petits ce sera juste un nouveau jeu…), et de leur faire comprendre que vous avez besoin d’eux pour mener à bien cette tâche. Cela aura pour effet de resserrer les liens familiaux et la confiance, et de les responsabiliser car, dorénavant, Noël ne sera plus une ‘fête de la consommation débridée‘, mais une fête de la préservation de notre mère la Terre, de l’éclosion de notre créativité, de la maîtrise et du don de soi. C’est bien ce que nous voulons, non ?… redonner à Noël des valeurs autres que marchandes ?

Dans le même temps nous porterons un grand coup au capitalisme forcené et mortifère qui cause la misère et la faim à travers le monde dont sont victimes des milliards d’êtres humains. Une fois n’est pas coutume, nous montrerons qui est le maître car le VRAI POUVOIR C’EST NOUS !!! Nous ne serons plus les suiveurs, nous deviendrons les meneurs. La Révolution pourrait tout à fait passer par la nécessité de donner un but nouveau aux «fêtes de Noël», et c’est une chose que nous pouvons faire à notre niveau. Cela enseignerait aux enfants que la vie ne consiste pas à acheter, consommer et avoir, avoir, avoir… mais également à faire, à partager, à créer du lien, à se rendre utiles plutôt que de rester des consommateurs passifs, et à prêter attention à ce qui compte vraiment et qui ne s’évalue pas en sonnantes et trébuchantes… Soit un tout autre jeu de valeurs et de principes. C’est cela le Nouveau Paradigme.

• Au lieu d’aller acheter un sapin (qui aura été cultivé et coupé pour l’occasion ce qui participe du gaspillage des ressources de notre Terre puisqu’on le jette après usage tel un Kleenex), pourquoi ne pas créer un «arbre» de Noël avec des matériaux de récupération de toutes sortes pour le plus grand bonheur des enfants qui seront plus que ravis et fiers d’être les créateurs de l’élément central de cet événement annuel ? Idem pour les décorations du «sapin». Aidez vos voisins à réaliser leur «sapins recyclés» s’ils sont moins fortunés que vous, et ainsi Noël deviendra, non pas la fête égoïste de consommation qu’il est aujourd’hui, mais de lien social également et de solidarité. Le mot d’ordre ici est : nous n’avons pas besoin de consommer, toujours consommer, surtout à outrance, pour être heureux ; nos enfants non plus… mais, cela s’apprend, et il vaut mieux commencer tôt. Pourquoi pas en 2015 ? C’est le moment d’organiser des ballades dans les espaces verts, les bois, les forêts (si vous avez la chance d’y aller) pour ramasser (car il ne s’agit pas d’arracher ni de détruire le vivant) tout ce qui vous sera nécessaire en termes de matériaux à conjuguer pour manifester votre «arbre» et ses décorations, ou encore dans les vide-greniers où les matières premières sont également abondantes. Le tout saupoudré de créativité.

Quand les méga-surfaces disparaîtront par manque d’acheteurs et de chiffre d’affaires à cette période-là, cela fera de la place aux petites épiceries de quartier (encore du lien social et plus d’emplois), aux petits producteurs (meilleure qualité, survie et créations de petites exploitations), aux produits bio (rendus soudain indispensables), etc. Nous pouvons changer les choses : nous sommes le pouvoir. Imaginez un, deux, trois Noël d’affilée ou nous refusons de nous comporter comme les moutons consommateurs que nous avons appris à être jusqu’ici. Imaginez juste… Tout est possible, et tout est entre nos mains.

Ce n’est pas en allant voter pour des candidats imposés par le système esclavagiste dans des élections truquées que nous changerons les choses pour notre plus grand bien. C’est en prenant, dès maintenant, les choses en mains et en changeant la donne, à notre niveau ; et Noël est à notre niveau à tous : nous le subissons tous, autant donc en faire notre outil d’émancipation ! En nous gênant un peu aux entournures dans la mesure où tout changement nous met mal à l’aise au début, nous donnerons une toute nouvelle direction à l’économie qui doit redevenir HUMAINE et s’opérer à l’échelle humaine −donc à petite échelle, et non au niveau mondial.

Vous n’en avez pas marre des inégalités flagrantes au sein des supermarchés : les «bons» produits pour ceux qui ont des moyens, et les produits «discount» de mauvaise qualité pour les autres ? Cela ne vous fend pas le cœur ? N’êtes-vous pas écœurés qu’une loi soit passée ordonnant aux supermarchés de donner leurs invendus aux pauvres, alors que c’est le système qu’il fallait revoir à la base de façon à ce qu’il n’y ait pas de pauvres ? La table du maître est dressée avec toute l’abondance à laquelle il prétend avoir droit, et le Parlement lui dit «Vous donnerez vos miettes aux pauvres !» et nous trouvons cela juste. Non, ce n’est pas juste car même si cela aide dans un premier temps, ce n’est évidemment pas la bonne direction à emprunter pour l’avenir. Ce qui est juste, c’est que TOUT LE MONDE ait accès à la qualité et à l’abondance. C’est possible et à notre portée. Et cela deviendra une réalité quand nous aurons mis à mal les grandes surfaces qui sont les pourvoyeuses de médiocrité généralisée, d’inégalités obscènes et de racket des producteurs chez nous comme dans le reste du monde (l’exploitation est mondialisée et pratiquement toutes nos grandes surfaces y participent activement).

« C’est au mois de décembre qu’il y a le plus grand gaspillage et les plus importantes pollutions sur notre Terre. Les transports de personnes et de marchandises sont à leur maximum (et en plus, dans les pays nordiques, l’énergie fossile et électrique atteignent des pics). Regardez seulement le lendemain de Noël ou le 1er janvier l’amplitude des ordures le long des rues… Tous ces emballages inutiles… tous ces transports de marchandises inutiles… pour vendre des peccadilles colorées… juste pour que les gens fassent des cadeaux pour se faire pardonner leurs conneries de l’année ou leur absence ou leur manque d’expression d’amour. Et pour cela, la majorité des gens s’endettent et doivent payer des intérêts durant plusieurs mois l’année suivante. On se saoule la gueule au lieu d’exprimer son amour. BOYCOTTEZ LES CADEAUX DE NOËL EST L’ACTION LA PLUS MEURTRIÈRE POUR TOUTES CES MULTINATIONALES, POUR CES FAMILLES DE BANQUIERS. »

Noël, tel que nous le connaissons et tel que nous le vivons (ou que nous l’avons vécu jusqu’ici) est également un énorme piège financier car, souvent, nous nous sentons obligés, pour garder la face, d’emprunter un argent qu’il nous sera difficile de rembourser afin de «marquer le coup» et de «faire plaisir». Et après cette orgie de dépenses futiles et onéreuses, l’année commence avec des dettes et le moral au fond des chaussettes… Nous devons œuvrer à notre propre rééducation et à celle de nos enfants de ce que représente Noël et de comment nous voulons le vivre. Ce n’est ni aux banquiers, ni aux grandes surfaces, ni aux politiciens de nous dicter comment vivre Noël !! Nous sommes de grands garçons et de grandes filles, et nous pouvons tout à fait concevoir un Noël totalement différent, durable et social, hors de portée de la manipulation des pouvoirs en place.

Il en va évidemment de même de toutes les «fêtes» qui nous ont été imposées dans le même but consistant à nous ponctionner à intervalles réguliers et sans répit (Fête des Mères, Fête des Pères, Fêtes des Grand-Mères, Fêtes des Amoureux (Saint-Valentin)… et mon cul sur la commode.

À nous de jouer !

Merci à : bibicabaya